2018


Mon cher,


“Mon cher,” est une lettre adressée à un dé.

Cet objet est un dé à 20 faces. Aussi appelé dodécaèdre. Cet objet est une version de grand format de dé.


Mon cher,

Quand je pense à vous, je vous imagine, tournant sur vous-même, comme à la recherche de quelque chose ou de quelqu’un à qui vous adresser.
L’envie me vient alors d’essayer de vous connaître, mieux encore. De quoi êtes-vous fait ? De résine, de bois, de vide ? Peut-être êtes-vous un mélange de tout cela. Ou au contraire, un mélange de rien de cela ou d’autre chose encore. Quelle importance me direz-vous ? L’important n’est-il pas nos souvenirs, ces instants partagés ?
C’est vrai. Je me souviens d’ailleurs de ce jour où vous m’avez surprise. Au fond d’un sombre magasin de jeux de rôles et figurines à peindre, vous étiez enfermé dans un pochon de plastique transparent, lequel était dans une boite en carton ressemblant à un vague présentoir publicitaire et posé sur une table au revêtement usé. Rien qui ne pouvait vous mettre en valeur. Vous étiez seul. Des amis, vous en aviez sûrement eu, mais tous étaient partis. Vous étiez le dernier. Cet instant fut celui de notre rencontre. De rencontre, il n’y en eu qu’une, mais des retrouvailles, bien d’avantage.
Souvenez-vous de cette soirée de novembre où nous ne savions que faire, où le froid nous glaçait. C’était la première fois où vous m’avez présentée. Que j’aime cette capacité de donner envie. Cette envie de partage avec d’autres, cette envie de rassembler. Je garde à l’esprit le souvenir d’un moment simple mais heureux où 3 es arrivé , suivi de 15 qui m’a saluée et quand 7 s’est exprimé, nous étions déjà huit à nous amuser.
Sachez bien que vous décidez d’une partie de ma vie. Et quand vous parlez, j’intègre alors une part de vous en moi. Lorsqu’un doute me traverse, j’imagine que la première de vos faces est un « oui », la vingtième un « non » et qu’entre ces deux faces se déploient dix-huit autres variations de réponses. Et je vous laisse alors tournoyer et vous exprimer. J’ai confiance. Comme si cette confiance résidait dans le hasard qui vous anime et vous confère votre existence, votre raison d’être. Nous faisons peut-être erreur ou preuve de naïveté en nous laissant guider par un simple chiffre ; mais peut-être est-ce parce que ces moments qui nous rassemblent nous rendent sereins.
Vous semblez douter du monde qui nous entoure et perplexe parfois face aux questions qui se posent à vous. Mais vous ne tremblez jamais lorsque la réponse vous appelle. Elle varie d’une fois sur l’autre et vous gardez bien secret ce qui vous a décidé à nous la donner.
Votre histoire, je ne peux m’empêcher de l’avoir à l’esprit quand je suis contre vous, j’aime à penser que vous avez toujours existé puis qu’un jour, vous vous êtes révélé au monde sous votre forme solide avec toute la singularité et la solidité qu’on vous connaît aujourd’hui.
J’aime tant ce mystère convexe et régulier de la famille des polyèdres dont vous faites partie. Vous enfermez en vous une suite de règles et de calculs qui vous définissent et font de vous une de ces formes parfaites et universelles que l’Antiquité nous a offert.
Si vos vingts faces sont ce que j’ai d’abord remarqué, j’ai sans tarder été charmée par vos lignes, si pures et parfaites ; et votre peau, si lisse et sans défauts. Cette absence d’aspérités qui fait de vous quelqu’un de droit et de juste. La perfection de vos traits sont semble t’il l’un de vos secrets pour me guider à m’emporter dans votre hasard le plus intense.
Mon cher, au risque de me répéter, vous êtes à vous seul ce sens du jeu, cette science et ce hasard. De ces petits objets qui ne semblent pas utiles mais dont on ne pourrait se passer une fois rencontrés. Et un de ces êtres d’exception que l’on croise peu fréquemment et qu’il n’est permis d’oublier.
Je vous envoie ma plus belle impulsion pour vous laisser me donner, une fois encore, une réponse dont je ne saurai me passer.